mardi 16 décembre 2008

Poème du petit Poucet



Il était une fois Sylvie Nève… par Hervé LEROY

Un plaisir pour dormir d’une oreille
A mains nues… La voix.

Depuis plus de 25 ans, Sylvie Nève vit et travaille à Arras, ville-berceau de la poésie française entre Jean Bodel, Baude Fastoul et Adam de Halle. Poète, médiéviste, psychanalyste, son travail actuel la mène autant à mettre en vers le Petit Poucet, Barbe Bleue ou Peau d’âne, qu’à écrire sur la chanteuse égyptienne Oum Kalssoum et sur Gaza… « devenu un bruit du monde ».
Depuis 1978, Sylvie Nève donne à entendre ses textes sur scène, dans les théâtres, les musées ou les lieux les plus insolites. Partout, elle impose une douce et violente présence. Celle de la poésie. Celle d’une femme qui n’abdique rien. Le poète gratte le réel, gratte encore, s’obstine, sollicite les possibles, va jusqu’aux limites de la corde tendue, cherche le sens de chaque mot dit. Tout est à revisiter.

Il était une fois
cailloux, père, mère
il était une fois
pire, peur, silex
il était une fois…

Dans Poème du petit Poucet, Sylvie Nève, écrit, réécrit, revisite « le conte d’un qui, ne dort pas, qui n’en démord pas de vivre. » Son petit Poucet est une scansion, une ode à l’ouïe, une pulsion vitale, un sauve-qui-peut-les-mots.

Petit Poucet pas rêveur n’égrène plus
cailloux, père, mère
son stratagème, son terrible stratagème
l’empêche de s’endormir.

Cailloux au fond des poches crevées, les mots semés sont la revanche du plus petit qui n’avait pas voix au chapitre. Revanche du condamné d’avance, du perdu, du méprisé, du laissé pour… compte.
Le conte de Perrault, dans la forme et dans l’histoire, est scrupuleusement respecté. L’écriture est tonique, drôle, grinçante. Résolument moderne.
Sylvie Nève procède par escaliers, par analogies, par sauts de chaîne. Belle mécanique d’une poésie qui se met en branle. Poème ou conte expansé. Le recueil se lit d’une traite. Nadia Anémiche qui signe la mise en page y apporte sa pierre. Complice et facétieux, un petit caillou rouge accompagne le lecteur au fil des pages. Petit soleil qui finit par disparaître… dans la nuit l’au-delà du conte.

Il était une fois des bottes, des lettres
l’argent de lettres beaucoup d’argent
il était une fois mère, père, cailloux
il était une fois
grandes bottes petits cailloux
il était une fois
il était une fois.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire